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« Il faut tout un village pour élever un enfant » Proverbe Africain
PRESENTATION DU PROJET GENERAL
Historique
En 1999, à l’initiative de Sophie Rabhi et avec le soutien
de la région Rhône-Alpes dans le cadre de l’opération
Entreprises Rurales Innovantes, s’est ouverte la première
école à la ferme sur une exploitation agricole en fonctionnement.
Depuis lors, l’établissement reçut plus de soixante
enfants de trois à treize ans pour leur scolarité dans un
cadre de vie hors du commun. Les élèves côtoient quotidiennement
les chèvres, les moutons, l’âne, le poney, les poules,
le cochon, les jardins et les travailleurs de la ferme, ainsi qu’un
environnement naturel d’une extraordinaire richesse tant par la
qualité de son biotope que par la beauté de ses reliefs.
Cette école fonctionne ainsi depuis bientôt sept ans, avec
un effectif d’une vingtaine d’enfants répartit en deux
classes.
Forte de son expérience, la Ferme des Enfants demande aujourd’hui
à grandir et se diversifier. Pour cela, nous mettons en œuvre
un projet plus complet encore décrit dans ce dossier : le lieu
de vie pédagogique et intergénérationnel du Hameau
des Buis.
Charte éthique
Le Hameau des Buis est un lieu qui associe l’école La Ferme
des Enfants et des habitations pour personnes retraitées ou en
fin d’activité professionnelle.
Ce lieu est caractérisé par des choix écologiques
sur une base vivrière agricole.
Il met l’humain, en particulier l’enfant, au coeur de sa vocation.
Il permet notamment de :
• construire un support pédagogique particulièrement
riche ;
• reconstituer du lien social et de la solidarité ;
• faire vivre un collectif de personnes en relation avec son environnement,
dans le respect de celui-ci ;
• dynamiser la vie sociale localement, avec un impact national et
international.
Nos idées sont fondées sur la responsabilité et le
respect :
• respect de soi (confiance en soi, connaissance de soi, écoute
de ses besoins...);
• respect de l’autre (écoute, tolérance, empathie,
partage...) ;
• respect de la nature par un mode de vie adéquat (comportements
conscients, pratiques écologiques, sobriété dans
nos besoins...)
Ces idées trouvent une application concrète dans une structure
aussi cohérente et complète que possible.
Notre démarche n’est liée à aucun groupe spirituel,
religieux, philosophique ou politique.
DEVELOPPEMENT ET STRUCTURATION DU PROJET :
• Une Association loi 1901 : La Ferme des Enfants
L’association La Ferme des Enfants fut créée en 2001
pour soutenir l’école et le centre de vacances à la
ferme qui était alors en activité dans le cadre du réseau
national Accueil Paysan.
Cette association a pour but, selon ses statuts, de mettre en oeuvre des
actions en faveur :
- d’une pédagogie active respectueuse de l’enfant et
répondant à ses besoins ;
- d’une éducation à l’environnement qui éveille
chez l’enfant la compréhension et le respect de la vie sous
toutes ses formes ;
- de la solidarité entre les générations en multipliant
les rencontres et les échanges entre personnes âgées
et enfants.
Aujourd’hui, ces objectifs sont matérialisés principalement
par :
• l’école à la ferme, qui entame sa 7ème
rentrée en septembre 2005, avec un effectif d’une vingtaine
d’enfants de 2 ans et demi à 12 ans ;
• le développement du projet intergénérationnel,
qui prévoit la cohabitation, par le voisinage et le partage de
certains espaces, entre les scolaires et les futurs résidants retraités
du lieu de vie Le Hameau des Buis.
• Une Société Civile (SC) : SC du Hameau des Buis
Créée en 2004, cette société à caractère
civil a permis d’associer une trentaine de personnes et l’association
La Ferme des Enfants.
Cette SC a pour objet la gestion et l’exploitation de son patrimoine
foncier et immobilier, en vue de réaliser le projet d’école
et de résidence pour personnes retraitées sur un même
lieu de vie. Chaque associé, futur résidant, est détenteur
d’un nombre variable de parts lui donnant droit à la jouissance
gratuite d’un logement, ou de locaux professionnels (pour ce qui
concerne l’association) sur le lieu de vie.
La SC Le Hameau des Buis a donc acheté une propriété
dans le sud de l’Ardèche (Chaulet, commune de Berrias-et-Casteljau),
qui comprend un Mas ancien à restaurer, deux maisonnettes de 50
m2 chacune, presque 1 hectare de terrain à bâtir et 6 hectares
de terres et de landes.
Sur cet espace, la SC met en œuvre les constructions nécessaires
à l’installation du projet soit : une vingtaine de logements
du T1 au T3, une école (classes, sanitaires, ateliers, bureaux…)
et des espaces communs aux divers usagers (salle à manger, cuisine,
bibliothèque, laverie, chaufferie, ateliers…)
Les travaux devraient débuter au printemps 2006 pour s’achever
deux ans plus tard.
La SC se portera elle-même « constructeur » de ses propres
travaux, à travers un chantier non conventionnel à vocation
éthique et pédagogique (chantiers-école), en utilisant
des matériaux écologiques et des moyens autoconstructifs
simples et reproductibles.
• Une Société Commerciale (type SARL, à créer)
Par certains de ses aspects, le projet, une fois installé, pourra
avoir des aspects commerciaux : vente de produits de la ferme ou de l’artisanat,
accueil du public (petite restauration, salon de thé…), proposition
d’un contrat de services pour les résidants du lieu. Une
Société Commerciale servira de structure juridique à
cette partie des activités.
UN LIEU DE VIE PEDAGOGIQUE
L’Association La Ferme des Enfants développe, depuis sa
création, l’idée que l’environnement au sein
duquel l’enfant évolue et se construit doit être un
lieu vivant.
Nous pensons que l’enfant, grâce à ses facultés
d’absorption de son environnement apprend davantage par son vécu
que par un enseignement théorique et décontextualisé.
Autrefois, et dans certaines cultures du monde aujourd’hui encore,
l’école n’existait pas, et les enfants apprenaient
les usages, les savoirs et les savoir-faire de la société
dans laquelle ils sont nés en vivant en son sein et en participant
à ses activités auprès des adultes de tous les âges.
Sans nier les acquis de la systématisation de l’enseignement,
ni les bienfaits de sa démocratisation donnant ainsi au plus grand
nombre la possibilité d’acquérir les outils de compréhension
et d’autonomie nécessaires, nous remettons en question un
système fonctionnel basé principalement sur le développement
du mental et l’intellectualisation du savoir. Nous pensons que la
relation (à soi, à l’autre, à la nature dont
nous dépendons) ainsi que le développement de savoirs et
savoir-faire liés à la survie (connaître son environnement
naturel, savoir produire sa nourriture, apprendre à se servir de
ses mains, fabriquer soi-même des objets usuels, etc) sont les paramètres
principaux de la réussite de la personne, et qu’il faut les
intégrer aux programmes d’apprentissage.
Nous pensons également que l’enfant n’apprend pas d’un
ou deux enseignants, détenteurs du savoir, mais d’une communauté
humaine riche et variée, de ses différentes pratiques et
compétences, des relations qui se nouent, et de la nature qui les
entoure.
Le lieu de vie Le Hameau des Buis, sera donc un outil pédagogique
à part entière, incluant :
• la nature environnante dont les habitants du lieu tireront partie
: agriculture, élevage, artisanat mais aussi étude, observation,
inspiration esthétique, facteur de santé et de bien-être…
• la collectivité humaine : enfants, enseignants, résidants
retraités, agriculteurs, bénévoles, intervenants
et visiteurs…
• des outils pédagogiques spécifiques aux apprentissages
fondamentaux : ambiances Montessori, bibliothèque, vidéothèque,
équipement informatique, ateliers artistiques et artisanaux…
• des modes de vie écologiques : autoconstruction, matériaux
sains, épuration des eaux par filtres plantés, toilettes
sèches, utilisation des énergies renouvelables, tri sélectif
des déchets, récupération des eaux pluviales, compostage,
co-voiturage…
L’adhésion de tous les participants à l’intention
du projet pédagogique est indispensable pour mener à bien
ce projet innovant.
PROJET PEDAGOGIQUE
Selon nous, l’éducation doit être une préparation
à la vie dans ses deux aspects fondamentaux :
- l’acquisition de compétences pour l’autonomie ;
- l’épanouissement de la personne, qui passe par une pédagogie
« relationnelle ».
I. UNE PEDAGOGIE DE L’AUTONOMIE : LA METHODE MONTESSORI ET LES
APPRENTISSAGES DE SAVOIRS ET DE SAVOIR-FAIRE
A • La pédagogie Montessori
La pédagogie Montessori choisie et pratiquée au sein de
l’école s’accorde avec la qualité du lieu d’accueil
des enfants. En effet, cette méthode repose sur la préparation
adéquate de l’ambiance de vie de l’enfant afin qu’il
y puise par lui-même le nécessaire pour se construire intérieurement
et élaborer son savoir. Les ressources de l’espace extérieur
sont complétées par celles de l’espace intérieur
où de nombreux matériels pédagogiques à la
disposition de l’enfant lui permettent une découverte intelligente
et progressive des notions nécessaires au développement
de ses compétences. Par une approche vivante et sensorielle, l’enfant
vit sa journée d’école comme une succession d’expériences
dont il est l’acteur actif et volontaire.
Le regard bienveillant porté par les adultes sur l’enfant
lui permet de se sentir libre d’accorder son activité à
ses propres rythmes, de choisir son travail, d’affiner ses goûts,
préférences et centres d’intérêt, de
vivre pleinement son temps scolaire sans contrainte pour rester dans le
plaisir d’apprendre et de découvrir.
L’autonomie du futur adulte dépend de son éveil créatif
et de l’acquisition de compétences dans des domaines variés,
lui permettant d’utiliser intelligemment les ressources en lui et
autour de lui.
B • Les autres apprentissages : des savoirs et des savoir-faire
pour l’autonomie
Nous pensons que l’école comme préparation à
la vie doit prendre en compte toutes les aptitudes de l’enfant,
et pas seulement ses fonctions intellectuelles. D’autres dimensions
fondamentales de la vie telles que la vie pratique liée aux nécessités
quotidiennes, l’expression de la libre créativité,
l’usage de techniques manuelles pour « faire par soi-même
» (le pain, le fromage, les conserves, la cuisine, la couture, le
travail de la laine, la menuiserie, la poterie, le jardin…), les
pratiques écologiques indispensables au monde d’aujourd’hui,
sont indispensables à une vie équilibrée, et peuvent
participer d’un véritable progrès de l’humanité,
en accord avec ses besoins actuels. C’est pourquoi nous intégrons
au cursus scolaire des exercices de vie pratique, des travaux manuels,
de l’expression artistique, le travail de la terre, la connaissance
de la nature et la gestion de ses ressources, etc.
En outre, il semble plus important de comprendre « comment apprendre
» que d’accumuler des connaissances dont la plupart ne feront
l’objet d’aucune pratique. La qualité des apprentissages
repose sur l’intérêt que porte l’enfant sur le
monde qui l’entoure. Aussi, le support pédagogique que sont
le lieu d’accueil et la richesse de ses ressources matérielles
et humaines sont essentiels et constituent un terreau fertile. La ferme,
située au cœur de la nature, fonde son quotidien sur l’interaction
entre l’homme, la nature et l’animal. Les possibilités
de découverte et d’apprentissage qu’elle offre sont
infinies, sans dissociation entre la théorie et la pratique.
II. L’EPANOUISSEMENT DE LA PERSONNE : L’ECOLE DE VIE RELATIONNELLE
La souffrance humaine s’exprime continuellement sous des formes
diverses. L’actualité, les livres d’histoire, la littérature,
les médias en livrent constamment le témoignage jusqu’à
la banaliser.
Un travail parallèle sur les enjeux relationnels, la communication,
l’expression de ses émotions et de ses besoins, mené
collectivement ou individuellement, permet à chacun de prendre
sa place dans le groupe et de travailler sur ses difficultés personnelles.
Ce travail commence par celui de l’équipe encadrante engagée
sur une modification profonde de ses comportements envers l’enfant,
pour restaurer un lien de confiance et d’estime mutuels. En changeant
notre relation à l’enfant, nous pouvons changer le monde,
car un enfant qui a été sincèrement compris et respecté
sera un être respectueux, et ne développera pas de comportements
destructeurs.
Avec ses facultés intellectuelles, l’enfant mémorise,
classe, trie, ordonne, coordonne, met en relation, anticipe, interprète,
imagine…à partir des multiples données recueillies
au cours de ses expériences de vie. Le cerveau et sa faculté
de mémoriser permettent la construction d’un savoir (c’est
l’esprit absorbant de l’enfant, selon Montessori), mais peuvent
aussi être la source de confusions importantes si les moyens mis
en œuvre pour « nourrir » l’enfant, son environnement
de vie et notre manière de l’accompagner sont inadéquats.
Une pédagogie qui conditionne l’enfant, éduque par
la peur, réduit son champ d’expériences ou nie ses
compétences naturelles participe à cette confusion et peut,
si elle s’ajoute à une problématique familiale personnelle,
produire des comportements névrotiques ou des pathologies.
Ce projet prend en compte la personne humaine dans sa globalité
en proposant un matériel didactique qui utilise tous les sens de
l’enfant, en lui permettant d’exprimer ses émotions,
de se comprendre lui-même et de se laisser guider par ses aspirations
personnelles dans le respect de ses rythmes.
L’enfant devient capable, par la connaissance de lui-même,
de son milieu social et de son environnement, d’agir de façon
plus juste envers sa personne, ses proches, et la nature dont il dépend.
Cette approche implique, en premier lieu, que les intentions de tous ses
acteurs soient dirigés vers le même objectif de remise en
question, en utilisant une grille commune de compréhension des
enjeux relationnels : c’est l’école de vie relationnelle
pour les grands comme pour les petits.
III . L’ECOLE
L’école a pour mission de préparer l’enfant
à sa vie d’adulte, notamment :
- en lui permettant d’acquérir les compétences nécessaires
à son autonomie (apprentissages) ;
- en respectant ses besoins, facteur de santé émotionnelle
et donc d’adaptation au monde d’harmonie que nous souhaitons.
Pour servir ces deux objectifs, nous avons choisi :
- une pédagogie individualisée respectueuse des rythmes
et de la liberté de l’enfant, incluant des outils didactiques
astucieux qui facilitent les apprentissages ;
- un contexte d’évolution de l’enfant vivant, ouvert,
riche, en présence de la nature dont dépendent son équilibre
et sa santé, intégrant des apprentissages qui sont des facteurs
d’autonomie future non reconnus par le programme de l’éducation
nationale (jardinage, élevage, cuisine, artisanat…);
- des adultes accompagnateurs qui tendent à se trouver autant que
possible dans une attitude bienveillante, se remettent en question et
ont des comportements respectueux envers l’enfant ;
- la mise en place d’outils au service des objectifs d’épanouissement
et de santé émotionnelle de l’enfant (écoute
et accueil des émotions, communication non violente, cabane de
guérison, boîtes à mots, conseils d’enfants…).
A • Les Apprentissages
Si les apprentissages scolaires tels que définis par l’éducation
nationale constituent un des objectifs incontournables de l’école,
cette pédagogie n’intègre aucune volonté de
performance scolaire. Les apprentissages scolaires ne sauraient être
prioritaires sur l’épanouissement global de l’enfant.
Les apprentissages sont au service de la personne et non la personne au
service des apprentissages.
Notre expérience montre que nos élèves, à
qui nous avons permis l’épanouissement simultané de
toutes leurs dimensions, ne connaissent pas de difficultés majeures
en rapport avec les apprentissages, notamment s’il leur est possible
de s’épanouir avec confiance sur une durée suffisamment
longue pour être significative.
Les plus jeunes, en âge pré-scolaire peuvent librement choisir
leur travail dans la classe (cf. pédagogie Montessori). Les enfants
soumis à l’obligation scolaire sont guidés par une
proposition quotidienne de la part de l’éducatrice. Ils peuvent
choisir de s’en tenir à ce programme ou proposer d’accomplir
un travail de leur choix, en accord avec l’éducatrice.
La Ferme des Enfants inclut à ses propositions des apprentissages
liés aux pratiques d’un mode de vie écologique, des
ateliers variés sur des thèmes artistiques ou culturels,
des sorties ponctuelles, l’accueil de visiteurs et les échanges
induits.
B • La Liberté
La liberté n’est pas « donnée », notamment
aux enfants préalablement conditionnés par un autre système
éducatif où le contrôle extérieur domine. La
liberté est un territoire qui se conquiert par le développement
de la conscience et de la responsabilité individuelle. La liberté
n’est pas le désordre. Au contraire, liberté et ordre
vont de pair. Au plus la confiance s’installe entre les usagers
de l’école, au plus la liberté est possible. La confiance
entre adultes et enfants garantie la qualité de la liberté.
En effet, les enfants doivent se sentir responsables de leur liberté
(sens du devoir et de la responsabilité, liberté de s’exprimer,
de dire ce qui convient ou pas, liberté de remettre les comportements
de l’autre en question sans peur des vexations ou réprimandes,
capacité à avouer ses erreurs, etc.).
Les enfants qui, dès tout petits, bénéficient de
cette confiance ont d’importantes aptitudes à gérer
positivement la liberté.
A La Ferme des Enfants, cette liberté se manifeste par :
- un espace vaste et non enclos ;
- une liberté de choix, d’opinion, d’expression de
la personnalité et un accueil des émotions ;
- une confiance donnée à l’enfant, cultivée
quotidiennement dans la relation adulte / enfant.
Cette liberté a pour conséquence que les enfants ne sont
pas constamment sous le regard de l’adulte. Leurs actions et leurs
jeux sont libres. Les adultes interfèrent dans les relations entre
enfants principalement sur leur demande.
Il est entendu que la liberté de chacun cesse où commence
celle d’autrui, en observant notamment la notion de « préjudice
». Cette notion est régulièrement explorée
lors du Conseil d’Enfants.
Cette liberté implique aussi l’adhésion et la confiance
des parents. Le projet pédagogique n’est pas compatible avec
une attente de contrôle ou de surveillance.
Exemples vécus :
• Des enfants de 3 ans et demi et 5 ans ont joué «
au papa et à la maman» dans le chalet de la guérison.
Les parents s’en offusquent, puis s’en alarment, pensant que
ces jeux ont un caractère « pervers ». Dans leur croyance,
l’enfant ne s’intéresse pas à la sexualité
et ces jeux sont le reflet d’une « déviance »…
Nous constatons l’incompatibilité des attentes de cette famille
avec le projet pédagogique. Ses enfants quittent l’école.
• Un enfant de 13 ans a d’importants problèmes personnels
qui se traduisent notamment par un comportement agressif et destructeur.
Il semble que le contexte de la Ferme des Enfants, au sein duquel les
enfants sont libres d’agir, exacerbe les symptômes. Les autres
enfants deviennent, à plusieurs reprises, « victimes »
des comportements de cet enfant qui prend beaucoup d’énergie
à l’équipe pédagogique. L’équilibre
du groupe est rompu : la liberté offerte est incompatible avec
les besoins d’encadrement de cet enfant : il quitte l’école.
C • L’équipe pédagogique
L’école La Ferme des Enfants est conçue et dirigée
par Sophie RABHI et Laurent BOUQUET.
Cette fonction de direction est exigée et reconnue par le ministère
de l’Education Nationale. Elle implique une responsabilité
légale et une responsabilité éthique.
La direction est chargée:
- De toutes les responsabilités administratives ;
- De définir le projet pédagogique, de le communiquer et
de veiller à son application ;
- D’organiser le fonctionnement de l’école ;
- De réaliser la coordination des différents protagonistes
au service de la structure ;
- D’effectuer les recrutements de l’équipe enseignante
;
- D’accueillir les visiteurs, les familles et de recruter l’effectif
des élèves.
Les enseignant(e)s sont formées ou en cours de formation à
la pédagogie Montessori, à la Communication Non Violente
(CNV) selon Marshall Rosenberg, à d’autres formations selon
les besoins définis par la direction.
Les enseignant(e)s assurent l’accompagnement quotidien des enfants
dans leur vie scolaire. Elles sont responsables de leur classe et de ce
qui s’y déroule. Elles sont responsables des enseignements
à acquérir pour les enfants en âge de répondre
à l’obligation scolaire.
Elles participent aux réunions pédagogiques hebdomadaires
avec la direction, aux réunions parents/professeurs et aux groupes
de soutien pédagogique.
D • La Place des parents
Partant du constat que l’enfant est dépendant de ses parents,
nous ne concevons pas l’éducation globale d’un enfant
sans la collaboration avec ses parents, à savoir :
- une adhésion consciente à l’ensemble du projet pédagogique
;
- la pratique d’un accompagnement de l’enfant adéquat
favorable à son épanouissement tel que défini dans
le projet pédagogique.
Ces deux points sont incontournables.
En outre les parents d’élèves sont invités
à participer à certains aspects de la vie de l’école
:
- fabrication des repas, ménage ;
- réunions parents / professeurs ;
- groupes de soutien pédagogique, acquisition d’outils de
développement personnel (CNV…) ;
- participation active à des ateliers destinés aux enfants
ou à des commissions de travail pour soutenir le fonctionnement
de l’école.
E • Pédagogie appliquée
1) Le Contexte
La Ferme des Enfants est un lieu vivant et nourricier. Il comprend notamment
:
- une ferme en activité avec une production animale et végétale
;
- un espace naturel vaste, varié et sauvage dont une partie est
librement accessible à l’enfant ;
- des salles de classes et des ateliers de création manuelle.
L’enfant évolue dans ce milieu dont il apprend comme dans
un livre ouvert. Les possibilités d’exploration, d’apprentissage
et d’expérimentation sont infinies. Le contact avec la nature,
les éléments, les saisons, les matières constituent
un patrimoine équilibrant que l’enfant ressent et s’approprie,
et qui éveille sa créativité.
D’autre part, ce lieu actif est le lieu de vie et de travail de
plusieurs personnes qui, par leur présence et leurs activités
diverses participent du contexte de vie scolaire (agriculture, bricolage,
artisanat, réparations, rencontres culturelles…).
Nous ne pouvons évaluer la portée de l’imprégnation
informelle dont bénéficie l’enfant dans un tel contexte
mais nous croyons en son efficacité par sa capacité à
éveiller l’enfant dans toutes ses dimensions.
2) L’attitude de l’adulte
Les éducateurs de la Ferme des Enfants intègrent des intentions
éducatives en faveur du respect et de la bienveillance envers l’enfant.
Des choix pédagogiques et éthiques sont pris et appliqués
quotidiennement, en particulier :
• refuser la violence verbale ou physique envers l’enfant
;
• considérer l’enfant comme un être de valeur
égale (et non pas s’inscrire dans une relation de supériorité
envers l’enfant ou de domination de l’enfant) ;
• refuser les punitions et les récompenses, sachant qu’elles
sont humiliantes pour l’enfant et ne l’aident pas à
devenir autonome et responsable ;
• cultiver un environnement relationnel sain par la cohérence
et l’entente au sein de l’équipe pédagogique
;
• permettre à l’enfant d’exprimer ses besoins
et ses émotions par la liberté et la mise en place d’espaces
d’expression (boite à mots, conseils d’enfants, chalet
de la guérison, accompagnement empathique des éducateurs...)
;
• appliquer une didactique qui développe davantage la manière
d’apprendre que le contenu du savoir, avec l’objectif de permettre
à chacun d’être son propre maître ;
• accepter les remises en question, y compris par l’enfant,
de nos attitudes, choix et comportements ;
• renoncer aux notations, aux évaluations et aux jugements
;
• abandonner la compétition au profit de la coopération.
3) L’emploi du temps
Les élèves scolarisés à La Ferme des Enfants
viennent à l’école 4 jours par semaine, de 9 h à
16 h 30.
De 9 h à 9 h 30, les enfants nourrissent les animaux, traient les
chèvres, font le fromage, le pain, arrosent le jardin si nécessaire.
De 9 h 30 à 12 h 30, les enfants sont en classe pour les apprentissages
fondamentaux. Ce travail est individualisé et répond aux
besoins spécifiques de chaque enfant, selon son rythme propre et
ses centres d’intérêt. Les plus jeunes finissent plus
tôt, et consacrent la fin de matinée à la préparation
de la table et d’une partie du repas.
De 12 h 30 à 14 h, les enfants jouent librement, dehors ou dedans.
De 14 h à 15 h 30, plusieurs ateliers sont proposés au choix
des enfants qui se répartissent spontanément en petits groupes
pour y participer ou pour faire un « projet personnel » (une
activité de leur choix avec un objectif précis). Les ateliers
sont animés par des intervenants, des parents ou les éducatrices.
Les enfants qui le souhaitent ont la possibilité d’animer
eux-mêmes un atelier sur proposition préalable.
De 15 h 30 à 16 h 30, les enfants entrent en classe pour une heure
de travail sur les apprentissages fondamentaux. A ce moment-là,
le travail collectif est favorisé.
Le vendredi, la première demi-heure de la journée est consacrée
au chant collectif. Elle est suivie du conseil d’enfants : un président
de séance lit les messages de la boîte à mots et fait
circuler le bâton de parole. Des décisions peuvent être
prises à cette occasion, si possible au consensus.
Chaque année, un pays élu en début d’année
est à l’étude pour l’ensemble de l’école,
par toutes les voies possibles (écrits, vidéos, musiques,
cuisine, rencontres, costumes…). Ce pays fait l’objet d’une
création théâtrale jouée en fin d’année
devant les parents d’élèves, avant le partage d’un
repas sur le même thème.
4) L’ambiance des classes
« L’ambiance » fonctionne comme principal support des
apprentissages : c’est le contexte de vie scolaire de l’enfant.
Les propositions qu’elle contient sont soigneusement choisies afin
que l’enfant puisse trouver la nourriture qui lui convient pour
répondre à son désir d’apprendre et de créer
dans une atmosphère de respect et de confiance partagée.
Quelques règles simples permettent aux enfants de bien vivre ensemble
: respecter le calme, ranger le matériel à sa place après
utilisation, veiller à ne pas déranger l’autre dans
son travail, respecter un bon usage du matériel pédagogique
tel que montré préalablement par l’éducatrice.
5) Le matériel didactique :
Un important matériel pédagogique est à la disposition
de tous, notamment le matériel didactique Montessori. Son utilisation
rigoureuse est présentée par des éducateurs formés
à cette pédagogie. Il sert de base aux apprentissages les
plus conventionnels (vie pratique, vie sensorielle, langage, mathématiques,
histoire, géographie, sciences, musique…).
Ce matériel utilise tous les sens de l’enfant en respectant
ses périodes sensibles (période naturelle et spontanée
d’apprentissage). Il repose sur une approche concrète puis
semi abstraite d’une notion (volumes, poids, sensations tactiles,
système décimal, son et forme d’une lettre, etc.)
avant d’aborder l’abstraction totale. C’est principalement
par l’expérience vécue lors de la manipulation du
matériel que l’enfant intègre la notion.
Le matériel Montessori est élaboré pour une acquisition
progressive et cohérente des connaissances. Des modules spécifiques
seront créés pour les adolescents sur des thèmes
utiles pour leur compréhension du monde et leur avenir, tel que
: économie mondiale et développement international, écologie,
investigation de thèmes philosophiques, vie sexuelle et vie familiale,
langues étrangères…
D’autres outils sont disponibles, notamment une documentation écrite
et informatique, des ordinateurs équipés de logiciels et
connectés à Internet, des Cdroms éducatifs, du matériel
audio-visuel.
Un atelier est également équipé en outillage et matériaux
de toutes sortes permettant des créations artisanales et artistiques.
Des instruments de musique, une vidéothèque, une bibliothèque,
des jeux sont à la disposition des élèves.
6) L’Effectif :
Le nombre d’élèves est compris entre 20 et 25 enfants
âgés de 2 ans 1/2 à 12 ans (maternelle et primaire).
Nous accueillons également en tutorat des élèves
de niveau collège déscolarisés qui suivent un cours
par correspondance.
Chaque classe accueille au maximum 15 élèves. Actuellement,
ils sont répartis en deux niveaux : 3-7 ans et 7-14 ans.
Les élèves sont recrutés par une visite de l’école
par la famille, un entretien avec celle-ci et éventuellement une
période d’essai avec l’enfant. Les parents doivent
connaître le projet pédagogique et y adhérer activement.
F • La spécificité de l’accueil des adolescents
(en projet)
Maria Montessori a pensé et décrit dans son ouvrage «
De l’enfant à l’adolescent » l’école
adaptée à cet âge de la vie.
L’idée centrale du projet consiste à permettre à
l’adolescent de devenir véritablement un acteur social en
participant au fonctionnement d’une structure active et productive.
Il devrait se sentir participer à une œuvre collective et
mettre son énergie au service de son fonctionnement.
La Ferme des Enfants envisage la création d’un collège
au Hameau des Buis.
L’adolescent accueillit à La Ferme des Enfants poursuivra
ses études au cours de séances de travail quotidiennes.
Comme dans les classes précédentes, l’élève
travaillera en autonomie : il s’organisera, déterminera son
emploi du temps, ses priorités, la manière dont il abordera
l’acquisition de ses connaissances. Il aura trois aides principales
: l’accompagnement d’un éducateur, la participation
d’intervenants et une abondante documentation sur différents
supports (écrits, informatique, vidéo…)... L’adolescent
apprendra aussi par sa participation à des ateliers spécifiques
(langues, histoire, géologie, économie, etc.). Il sera invité
à construire par lui-même une réflexion et une recherche
sur les réalités du monde, dans le dialogue avec les adultes
compétents.
Le collège recevra des élèves de toutes nationalités,
mais les cours seront en français. L’anglais sera parlé
par les membres de l’équipe pédagogique.
Le lieu pédagogique des adolescents comprendra, en plus de la structure
scolaire déjà citée, un internat leur permettant
de résider sur place. Cette dimension est très importante
pour le développement du projet pédagogique spécifique
aux adolescents.
Les adolescents seront co-responsables de la structure en compagnie des
adultes qui les accompagneront au quotidien. Ils travailleront la terre,
sèmeront, désherberont, arroseront, récolteront et
transformeront leur production. Ils trairont la vache et les chèvres,
feront du fromage, des yaourts et du beurre. Ils tondront les moutons,
laveront et exploiteront la laine. Ils nourriront et prendront soin de
tous les animaux. Ils participeront à la fabrication des cabanes
et des clôtures, à l’aménagement de l’espace,
au débroussaillage, à la collecte du bois mort, à
la fabrication du compost… Ils accueilleront les visiteurs, leur
proposeront des prestations : repas, boutique, boissons… Ils valoriseront
le lieu, élaboreront sa stratégie de communication (fabrication
d’affiches, de plaquettes, création et mise à jour
d’un site internet, organisation de la journée portes ouvertes…).
Ils apprendront à gérer un budget, à équilibrer
les recettes et les dépenses, à calculer les taxes, le chiffre
d’affaires, les bénéfices, à établir
une facture, demander un devis, faire un budget prévisionnel…
Une partie des bénéfices liés à l’activité
sera consacrée à la satisfaction des désirs ou projets
du groupe de jeunes (voyage d’étude, achat de matériel…).
Les adolescents étant pensionnaires, ils s’investiront non
seulement sur un engagement semi-professionnel, mais aussi dans une vie
communautaire qui leur permettra de développer des valeurs fortes
: autonomie, solidarité, rencontre, connaissance de soi et de l’autre,
mise en place et respect de règles de vie, gestion du groupe, etc.
Cependant, nous veillerons à ce que chacun ait un espace personnel
le plus adapté à ses besoins, et puisse pratiquer à
loisir les arts (musique, dessin, peinture…), le sport ou tout autre
violon d’Ingres.
Les difficultés engendrées par la vie communautaire feront
l’objet d’une étude sérieuse au cours de séances
de discussions sur les thèmes litigieux ou des thèmes choisis
par les jeunes. Ils seront invités à s’exprimer librement
sur chaque sujet, à écouter l’autre et à trouver
un consensus qui permette à chacun de se sentir reconnu et respecté,
quels que soient ses choix ou particularités.
Cette vie en micro société nous paraît être
la meilleure préparation à la vie de l’adulte que
le jeune se prépare à devenir.
LE PROJET AGRICOLE, LA BOUTIQUE ET L’ACCUEIL
OBJECTIF PEDAGOGIQUE
Le très jeune enfant aime soigner, manipuler, découvrir
et observer les animaux et les plantes dans leurs comportements et leurs
évolutions. Un peu plus âgé, il est suffisamment assidu
pour être responsable d’un jardinet personnel où il
se livre à des expériences. Il éprouve alors de nombreuses
notions sensorielles (contact avec la terre, les minéraux, les
plantes, la micro faune…), scientifiques (notions de biologie et
de physique, géologie, météorologie, entomologie…),
techniques (compostage, binage, sarclage, mulchage, pratique du semis,
du repiquage, du bouturage, etc.), poétiques (joie, émerveillement,
éveil des sentiments naturalistes…).
Auprès des animaux l’enfant est animé d’une
passion intense et développe très souvent des sentiments
puissants pour certains d’entre eux. Ce qui les lie en profondeur
reste mystérieux. Les sensations sont fortes et pénétrantes
(odeur, chaleur, douceur…), les relations souvent partagées
(caresses, habitudes, attente et appel des animaux…), mais aussi
parfois houleuses (lapins fuyants, bélier récalcitrant,
ânesse méfiante et protectrice pour son ânon nouveau-né…).
C’est l’école de la vie relationnelle avec ses lois
: les maltraitances donnent lieu à des hostilités de part
et d’autre, les bienveillances soudent la liaison, les émotions
sont simples (peur du lapin, colère de la brebis qui défend
son agneau des aboiements du chien, tristesse de la chèvre qui
a perdu son petit, joie du chien qui nous voit arriver…).
La mort côtoie la vie de façon naturelle. En bref, la grille
de vie est d’une lecture facile et l’enfant s’inscrit
parfaitement dans ce fonctionnement qui l’équilibre et lui
apporte la connaissance des lois universelles. Avec les animaux, l’enfant
aborde également les pratiques de l’élevage spécifiques
à chaque espèce. Son savoir s’étend des comportements
alimentaires à la production et la transformation des productions
animales, d’observations à la sauvette à l’acquisition
d’un savoir séculaire sur la domestication.
L’adolescent, outre les bénéfices décrits ci-dessus,
aime participer en petits collectifs à des efforts. En manipulant
des outils, il développe sa musculature et son aisance gestuelle.
D’un point de vue psychologique, il apprend à se confronter
à l’effort physique, à la volonté pour atteindre
un objectif. Cela l’aide à reconnaître ses capacités,
rentrer dans l’action et prendre de l’assurance. En prenant
soin de la terre et des animaux, il devient responsable. Il devient un
acteur social, car le fonctionnement d’une organisation liant l’humain
et la nature repose sur sa participation. Il apprend à «
prendre soin » : la vache doit être traite à l’heure
sinon ses pis sont trop gonflés et elle souffre, la litière
des animaux doit être propre, les semis doivent être arrosés…
Cette attention l’enracine, le retient dans le présent et
la nécessité. Cet ancrage lui permet d’affronter différemment
les difficultés liées à cet âge de la vie :
crise d’identité, révolte, quête de sens…
Jusqu’à ce jour, l’accompagnement des enfants dans
les travaux de la ferme (soins aux animaux, foresterie, compostage, jardinage…)
ont été assuré par les éducateurs, Sophie,
Laurent ou de jeunes volontaires étrangers en stage.
Le projet du Hameau des Buis prévoit la présence d’un
agriculteur.
Le fermier sera aussi éducateur. Il fera son travail en collaboration
avec les élèves. Il aura le souci de leur expliquer, de
leur montrer chaque étape du travail. Il saura aussi déléguer
et donner des responsabilités pour que les élèves
soient vraiment partie prenante de l’activité. Certains travaux
nécessiteront occasionnellement la mobilisation de toute l’école
(récolte des pommes de terre, engrangement du fourrage…).
Mais la plupart du temps, les travaux de la ferme se dérouleront
soit individuellement, selon la responsabilité donnée, soit
en petits groupes d’élèves.
• La production végétale
- Un jardin potager et un verger :
Actuellement, les écoliers cultivent quelques mètres carrés
de légumes et de fraises. Les salades, les betteraves, les carottes,
les choux sont mis sur la table le midi.
En pleine terre, sur buttes ou sous serres, le potager/verger du Hameau
produira des légumes et des fruits de saison en quantité
suffisante pour fournir une partie des besoins collectifs. Les surplus
seront proposés à la vente dans la boutique, ou transformés
en conserve (préparations stérilisées, confitures,
séchage…). Toute la production est obtenue selon les règles
de l’agriculture biologique.
- Autres projets à moyen et long terme :
La production de céréales, l’exploitation d’une
vigne, la culture de fourrage pour animaux, la production d’olives
(réhabilitation d’une oliveraie) et de tournesol pour fabriquer
de l’huile…
• La production animale
- La vache : pour son lait et ses transformations (fromage, yaourts, beurre,
crème) ;
- Les chèvres : pour leur lait transformé en fromages ;
- Les moutons : pour leur laine ;
- Les poules : production d’œufs ;
- Les équidés : ânes et poneys pour des randonnées
et l’attelage ;
- Les chiens, les chats, le cochon : pour la compagnie et le recyclage
des déchets de table ou de la laiterie...
Les litières de tous ces animaux serviront à l’élaboration
du compost pour le jardin.
La question de l’abattage des animaux pour la consommation de leur
viande fait l’objet d’un débat au sein de notre équipe.
Pour l’instant, nos orientations et habitudes alimentaires ne nécessitent
pas la mise en place de cette production sur le lieu de vie.
Quelques ruches permettront la production du miel.
• La boutique et l’accueil
Le projet pédagogique de Maria Montessori concernant les adolescents
prévoit la mise en relation entre l’école et l’extérieur
par une activité d’accueil du public pour des prestations
liées aux caractéristiques du lieu. L’exploitation
agricole et la production alimentaire qu’elle permet offrent la
possibilité d’une transformation et d’une valorisation
directes. Le restaurant sera ainsi non seulement un restaurant scolaire,
mais aussi ponctuellement une table d’hôte pour les visiteurs.
Les adolescents pourront ainsi se confronter aux réalités
de la restauration : soin de la table et de la présentation, service,
échanges avec le client, encaissement du montant du repas…
Cette perspective permettra en outre de maintenir fonctionnel le Hameau
pendant la période estivale afin de valoriser le lieu, la production,
et d’amortir les investissements.
• Le public
Notre communication sera axée sur l’objet social de notre
association. Nous attendons donc un public international, possédant
des aspirations humanistes et désireux de les approfondir en choisissant
nos prestations. L’intention des visiteurs sera accompagnée
d’une démarche personnelle d’information et d’une
exigence de qualité.
Nous demanderons aux visiteurs un respect des règles établies
sur le site. Les visiteurs seront informés des modalités
du séjour à leur arrivée.
LES HABITATIONS POUR PERSONNES RETRAITEES
I • L’OBJECTIF SOCIAL
De nombreuses personnes à l’âge de la retraite se retrouvent
face à la solitude et au désoeuvrement, déplorant
le manque d’alternative à l’isolement ou à la
maison de retraite conventionnelle, qui ne nourrit pas toujours leurs
besoins de partage.
La présence de ces personnes sur le lieu de vie permet de retrouver
un lien social naturel présent dans de nombreuses sociétés
du monde d’où les aînés ne sont pas exclus,
et d’en tirer les bénéfices.
Ces personnes peuvent être encore très actives et s’impliquer
dans la vie du lieu (jardinage, participation au quotidien, art, artisanat…),
ou bien aspirer à davantage de retrait selon leurs souhaits et
leurs possibilités.
Elles doivent nécessairement s’engager sur les valeurs qui
unissent l’ensemble de la communauté et, selon leur choix,
participer à leur propre rythme à leur mise en œuvre.
Le décloisonnement des générations permet aux différents
protagonistes de s’investir dans une relation profitable à
tous. Il ouvre l’esprit et le cœur.
II • L’OBJECTIF PEDAGOGIQUE
Considérant le caractère « absorbant » de l’enfant,
nous développons, depuis l’origine de l’école,
l’idée que l’environnement où il évolue
est agissant (cf. « L’Esprit absorbant de l’enfant »
Maria Montessori). Cet environnement est à la fois matériel
et humain, et véhicule des caractéristiques et des valeurs
que l’enfant s’approprie par l’exploration, l’absorption
et l’identification.
Les résidants du Hameau des Buis feront partie de l’environnement
social des enfants par des rencontres formelles ou informelles. L’objectif
est que le Hameau des Buis devienne un lieu actif, créatif et vivant
où l’enfant puise des inspirations et des pratiques pour
la construction de sa personne, et tisse des liens sociaux aussi riches
que possible.
Les résidants du Hameau des Buis n’auront cependant aucune
responsabilité envers l’enfant. Ils ont, en amont de leur
adhésion au projet, la responsabilité de prendre connaissance
et d’adhérer au projet pédagogique et à la
Charte éthique, afin de se trouver en harmonie avec le lieu où
ils vivent. Hormis cela, ces résidants n’ont aucune obligation
d’aucune sorte à participer à la vie de l’école,
et toute participation, développée en accord avec l’équipe
pédagogique, doit être accompagnée du plaisir de partager.
Les projets collectifs, l’organisation des rencontres et la gestion
des relations feront l’objet de réunions régulières.
Des outils de communication et de gestions des conflits pourront être
utilisés à cette occasion.
Par ailleurs, le Hameau du Buis est organisé autour d’un
mode de vie écologique qui « fait école » par
lui-même : architecture bioclimatique et autoconstruite, épuration
des eaux par filtres plantés, toilettes sèches, économie
et récupération des eaux, jardinage et élevage biologique,
tri et gestion des déchets, co-voiturage, modes de consommation
privilégiant le commerce local et équitable, etc…
III • LE PUBLIC CONCERNÉ
Les résidants du Hameau des Buis seront retraités ou pré-retraités,
ou dans un processus de fin d’activité professionnelle leur
donnant une disponibilité de temps.
Les futurs résidants doivent préalablement avoir pris connaissance
du projet global et se sentir en accord avec la philosophie générale
du lieu. Ils prendront notamment en compte la présence de l’école
et l’objectif des porteurs de projets de créer des liens
intergénérationnels. La pédagogie appliquée
au sein de l’école devra être connue et approuvée
par tous les usagers du lieu.
Chaque résidant sera signataire de la Charte éthique.
IV • L’ESPACE
La structure prévoit une définition claire des espaces avec
des limites marquées pour éviter toutes les nuisances liées
aux écarts d’âge, d’aspirations et de comportements.
Aussi la résidence se trouvera-t-elle légèrement
à l’écart du cœur du lieu de vie, à une
distance permettant toutefois un accès piéton simple et
rapide.
Chaque résident disposera d’un studio ou d’un appartement
tout confort pensé spécialement pour cet usage, et d’un
espace vert permettant de profiter individuellement de la nature environnante
et du soleil. Chaque logement sera équipé d’un cabinet
de toilette et d’une cuisine. Chacun pourra choisir de meubler lui-même
son espace de vie .
Un espace commun pourra accueillir l’ensemble du groupe pour diverses
occasions : bar, jeux (billard…), rencontres…. Cet espace
commun aux résidents retraités, situé au centre de
la résidence constituera un lieu de loisirs et de partage au quotidien.
Un autre logement commun, équipé de 2 chambres, une douche
et une cuisine-séjour permettra d’accueillir les familles
des résidants, pour une période de visite.
Les animaux domestiques seront acceptés sauf nuisance avérée
pour le reste de la collectivité.
V • LES ACTIVITES
Les résidants pourront participer à la vie du lieu en offrant
leur participation active à divers aspects du quotidien ou en bénéficiant
des activités organisées par l’association. Les ateliers
prévus pour les enfants pourront être proposés aux
résidants : atelier Arno Stern, chant, musique, artisanat, cuisine,
jardinage,etc
Ils bénéficieront de la richesse sociale et culturelle du
lieu : ateliers, manifestations, rencontres, formations…ainsi que
des prestations disponibles sur place : bibliothèque, vidéothèque,
ateliers, etc.
Les résidants qui le souhaitent pourront être davantage impliqués
dans la pédagogie, en accord avec l’équipe éducative,
par exemple :
- pour proposer un exposé sur un thème de leur choix ;
- pour animer un atelier ;
- pour participer au Conseil d’Enfants hebdomadaire ;
- pour être responsable d’un secteur donné (bibliothèque,
ciné-club, potager…) ;
- pour faire du soutien scolaire, etc.
Participer à l’école pourra se faire de manière
plus passive, simplement par la présence conjointe des générations
au jardin, en cuisine ou à la bibliothèque, par exemple…
Les résidants peuvent profiter des qualités du lieu pour
mettre en place un projet personnel (par exemple, cultiver un bout de
terrain, construire un petit bâtiment, un garage, etc…). Tout
projet personnel sur les parties communes fera l’objet d’une
concertation
VI • LES SERVICES
• Les résidants bénéficieront de l’ensemble
du lieu de vie, en particulier des espaces communs (laverie, bibliothèque,
vidéothèque, cuisine et salle à manger, salon, bar,
jeux, jardins, ateliers, etc,). Ils auront la possibilité de participer
aux activités organisés par la Ferme des Enfants (voir chapitre
précédent).
• Un service de maintenance sera à la disposition des résidants
qui en ont besoin.
• Une boutique et un groupement d’achat rendront les approvisionnements
ménagers plus accessibles.
• Un secrétariat assurera la gestion de l’ensemble
du lieu.
• La résidence ne sera pas médicalisée. Sur
ce point, les résidants bénéficieront donc des mêmes
conditions qu’à la maison, avec les prestations à
domicile conventionnelles : infirmières, assistante ménagère,
kinésithérapeute … La solidarité entre résidants
et avec tout autre usager du lieu constituera néanmoins une aide
non négligeable pour les personnes ayant besoin de soutien (courses,
co-voiturage, assistance…).
• D’autres services pourront être mis en place, en fonction
des besoins et des demandes.
• Les résidents bénéficieront de la solidarité
entre les différents usagers du lieu de vie, et du contexte favorable
à leur épanouissement (présence des enfants, des
animaux, de la nature, relations sociales…).
VII • L’EFFECTIF ET LES MODALITES DE PARTICIPATION
Une vingtaine de logements du T1 au T3 seront construits pour personnes
célibataires ou couples.
Chaque futur résidant est associé dans la Société
Civile du Hameau des Buis.
Chaque associé futur résidant a investi 30 500 € (droit
d’entrée, couvrants notamment l’acquisition du foncier,
l’école, les lieux communs et les frais de développement
du projet), auxquels s’ajoutent les frais de construction du logement
soit :
• 45 000 € pour la jouissance gratuite d’un T1 de 35
m2
• 65 000 € pour la jouissance gratuite d’un T2 de 45
m2
• 95 000 € pour la jouissance gratuite d’un T3 de 65
m2
Pour plus d’information, se référer aux statuts de
la Société civile Le Hameau des Buis.
Les associés participent activement à la vie de la Société
Civile et au développement du projet, notamment dans son aspect
architectural. Le permis de construire devrait être déposé
au cours du 4ème trimestre de l’année 2005. Une réunion
bi-mestrielle rassemble les différents partenaires pour avancer
dans la concrétisation du projet. Les décisions sont prises
au consensus.
VIII • FONCTIONNEMENT
Chaque résidant ou couple de résidants se verra attribué
un logement en fonction de son investissement. Il aura la jouissance gratuite
de ce logement jusqu’à son décès. Il a aussi
la possibilité de revendre ses parts sociales, renonçant
ainsi à vivre sur le lieu.
A son décès, ses ayant-droits héritent de la valeur
des parts mais non de la qualité de jouissance qu’elles offraient
au défunt. Toute nouvelle candidature dans le lieu de vie est étudiée
par le collectif d’associés de la SC La Hameau des Buis.
Les ayant-droits auront alors la possibilité de postuler ou bien
de revendre leurs parts.
En échange des multiples propositions offertes par le lieu de vie,
pour couvrir l’ensemble des charges liées à son entretien
et son fonctionnement, ainsi qu’en soutien à l’école,
les résidants payeront une participation mensuelle par l’intermédiaire
d’un contrat de services établit avec la société
de gestion commerciale du lieu.
Cette participation mensuelle a été évaluée
comme suit :
• 222 € mensuels pour un T1
• 316 € mensuels pour un T2
• 442 € mensuels pour un T3
Ces tarifs sont susceptibles d’être révisés
ou ajustés aux réalités du projet (plus vraisemblablement
dans le sens d’une réduction des coûts, en fonction
des choix faits en amont dans le projet architectural, notamment en termes
de chauffage, d’énergie, de récupération des
eaux pluviales) et au coût de la vie.
RAPPEL IMPORTANT
Le projet de lieu de vie intergénérationnel constitue, outre
sa vocation sociale et pédagogique, une solidarité économique
sans laquelle l’école La Ferme des Enfants ne pourrait assurer
sa pérennité dans les conditions actuelles. En effet, La
Ferme des Enfants a pour vocation d’accueillir un public aussi large
que possible, avec un minimum de sélection financière des
familles. La solidarité économique du futur lieu de vie
lui permettra de conserver cette qualité d’ouverture grâce
au soutien conjugué de toutes les personnes vivant sur le lieu.
P O R T E U R S D E P R O J E T
• Sophie BOUQUET-RABHI est née en Ardèche en 1972.
Ses parents, Pierre et Michèle RABHI sont des « néo-ruraux
», installés à la terre au début des années
soixante. Sophie a grandi à la ferme avec 4 frères et sœur,
dans une ambiance familiale très active culturellement en dépit
des difficultés matérielles parfois décourageantes
pour ses parents. Puis elle part réaliser ses études à
Lyon pendant 5 ans. Elle étudie la communication, le langage et
poursuit une licence puis une maîtrise d’études cinématographiques
et audiovisuelles. Au terme de ses études, après diverses
courtes expériences dans des sociétés de production
audiovisuelle (dont TF1), Sophie fuit ce milieu qu’elle trouve citadin
et superficiel, pour retourner dans sa ferme natale sans autre projet
que vivre à la campagne. Elle réalise divers projets dont
un voyage d’étude en Afrique pour estimer l’impact
de l’agroécologie au Burkina Faso, une petite revue associative
« Les Nouvelles des Amis de Pierre Rabhi » (devenu Nouvelles
de Terre et Humanisme ) et s’investit activement au sein de la ferme
familiale, notamment pour l’accueil des enfants en vacances à
la ferme dans le cadre d’Accueil Paysan. En 1997, Sophie attend
un premier enfant et se sent investie de l’extraordinaire responsabilité
de l’élever de son mieux. Elle se documente, lit abondamment,
fait des rencontres et de nombreuses prises de conscience. L’éducation
devient sa passion, et la création d’une école à
la ferme s’impose à elle, dans la droite lignée de
l’accouchement en douceur à la maison, l’allaitement
à la demande, le portage du bébé, l’accompagnement
émotionnel, l’écoute des besoins de l’enfant,
etc. Pour vivre, Sophie et son ex-conjoint reprennent l’élevage
de chèvres et la production de fromages, l’activité
de Michèle qui devient retraitée. Sophie suit une formation
de deux ans à la pédagogie Montessori. En parallèle,
elle conçoit l’école, monte le projet, décroche
des financements, mobilise des parents et amis pour construire les locaux.
En septembre 1999, l’école ouvre ses portes avec une quinzaine
d’enfants.
• Laurent BOUQUET est né à Valence en 1972 d’un
père musicien et d’une mère commerçante. Il
a grandi dans cette petite ville de Province jusqu’à son
adolescence. A la séparation de ses parents, il connaît ensuite
la difficile expérience du pensionnat religieux à Avignon.
Il entame brièvement et sans vocation des études de commerce
puis se consacre à une vie professionnelle dans les domaines de
l’animation, du tourisme et de la fête. Vers l’âge
de 25 ans, profondément insatisfait par son mode de vie, il rencontre
d’autres influences et découvre ainsi l’écologie,
l’agriculture, l’anthroposophie. Il se passionne pour la nature
et notamment les arbres, suit une formation de bûcheron et d’élagueur.
Sa sensibilité l’incite à avoir une approche non conventionnelle
de l’arbre, respectueuse de sa structure et de sa nature (taille
douce). Il créé sa société de « taille
et soins des arbres » et travaille intensément. Deux ans
plus tard, sa société est florissante mais Laurent est insatisfait
: il ne trouve pas vraiment de sens à ce qu’il fait. Il cesse
son activité pour un retour vers lui-même et prend un «
congé sabbatique » d’une année. Il rencontre
Pierre RABHI et s’investit dans la campagne pour les présidentielles
en tant que volontaire. Pierre lui propose alors de poursuivre son temps
sabbatique chez lui, à Montchamp, en échange de la surveillance
et de l’entretien du lieu en son absence. Laurent rencontre Sophie,
l’école à la ferme, la pédagogie et le projet
intergénérationnel.
Laurent et Sophie sont mariés. Ils élèvent ensemble
4 enfants.
Ils dirigent l’école, coordonnent le projet du Hameau des
Buis et gèrent la Société Civile.
En parallèle, Laurent a créé Arboretum, une petite
société de « taille et soins des arbres » pour
des prestations ponctuelles.
LES FONDEMENTS D’UNE ECOLE DE VIE RELATIONNELLE
Considérations psychologiques présentées par Sophie
RABHI et Laurent BOUQUET
Inspiré du travail de la psychothérapeute Marité
FALZONE
Un grand nombre d’entre nous se sent insatisfait par l’état
du monde. La perspective de donner à vivre cette réalité
aux enfants que nous avons fait naître est un constat intolérable
auquel nous avons besoin d’apporter des solutions. Si les conflits
entre les humains, qui constituent sans doute la plus cruelle et la plus
dangereuse des menaces, durent depuis très longtemps, un fait nouveau
touche nos générations : notre planète elle-même
présente des signes graves de dégradation qui compromettrait
la survie future de notre espèce.
Face à ces constats, nous désirons changer notre relation
à nous-même, à l’autre et à la nature
dont nous dépendons et nous croyons :
- que l’état du monde est à l’image de l’état
intérieur des humains qui la peuplent ;
- que, en conséquence, notre priorité est de retrouver notre
santé intérieure ;
- que notre rapport à l’enfant (enfant intérieur,
enfant réel) est le facteur déterminant pour un changement
car il conditionne les comportements humains ;
- que ce qui est à guérir en premier lieu est notre émotionnel
car c’est lui qui se matérialise en tous les conflits que
nous connaissons, portés contre nous-mêmes, contre les autres
ou contre la nature (la colère refoulée devient la violence
– guerres, destructions,…- ; la peur engendre la xénophobie,
l’avidité, la volonté de puissance et de pouvoir,
la domination, les extrémismes… etc.) ;
- que la guérison de cet émotionnel passe par un accompagnement
adéquat de l’enfant, la reconnaissance et le respect des
besoins favorables à son épanouissement.
• L’enfant
L’enfant est un être de besoins. Il est dépendant.
Sa santé et son épanouissement sont donc principalement
relatifs à la qualité des soins qui lui sont apportés
par les adultes, et à un environnement de vie approprié.
Lorsque son besoin est insatisfait, l’enfant l’exprime par
une émotion (étymologiquement, « motion » :
mouvement ; « é » : vers l’extérieur).
L’émotion est une fonction naturelle nécessaire à
la vie. C’est un indicateur. Elle est fugace et ne s’inscrit
pas dans la durée. Dans sa fonction naturelle saine, l’émotion
cesse sitôt le besoin satisfait. En revanche, l’émotion
dure et devient psychologique lorsque le besoin reste insatisfait de façon
prolongée ou répétée, ou si elle est traumatisante.
Dans ce cas, l’émotion se transforme en conflit qui s’inscrit
dans la biologie. Pour le cerveau, le temps n’existe pas, et tout
conflit sans solution s’inscrit comme une donnée permanente
avec laquelle l’individu cohabite et qui conditionne ses comportements
(exemple : un enfant à eu faim et fait un conflit de manque. Ce
stress, s’il demeure inconscient et non résolu, poussera
la personne à manger sans arrêt, ou à ne plus manger
pour rester fidèle à son conflit…).
« Tout ce qui n’est pas exprimé reste imprimé
» G. Hamer
Il appartient donc aux adultes que nous sommes, éducateurs, parents,
accompagnateurs de l’enfant, de répondre de la manière
la plus adéquate possible aux besoins de l’enfant, à
la maison comme à l’école.
Lorsque l’enfant est satisfait, il vit l’instant présent,
joyeux, détendu, disponible, et peut au mieux développer
sa créativité, apprendre, et mobiliser ses compétences.
• L’adulte
Nous croyons que l’adulte a symboliquement en lui deux parts qui
cohabitent :
- la part d’enfant qui s’exprime par l’émotion
;
- la part d’adulte qui se manifeste en « ressources »
(ou compétences)
Face à une difficulté, la personne agit (elle reste paisible,
mobilise ses compétences, trouve des solutions…) : elle est
dans sa part d’adulte.
Si la difficulté touche une blessure du passé, la personne
réagit (elle est touchée dans son émotionnel, l’émotion
prend partiellement ou totalement le dessus) : elle est dans sa part d’enfant.
La part d’enfant ne permet pas des actions et des comportements
cohérents avec la situation présente, car elle est relative
au passé. L’action à partir d’un endroit de
nous-mêmes touché par l’émotion est le plus
souvent désordonnée et inappropriée et ne permet
pas la relation créative.
Il appartient à chacun de guérir ses conflits non résolus
en accédant à la connaissance de soi et de son enfant intérieur.
Ce travail consiste à :
- recontacter les émotions qui font souffrir pour retrouver leur
véritable contexte et reconquérir sa vérité
intérieure ;
- à l’aide des ressources de l’adulte du présent,
apporter ce qui a manqué à cet enfant intérieur pour
lui permettre de solutionner ses conflits et s’en libérer.
Par ce travail sur soi, les adultes retrouvent la sérénité
et la disponibilité pour entrer en relation avec le monde d’une
manière plus juste, humaine, pacifique et créatrice.
La qualité de l’accompagnement dont a besoin l’enfant
réel dépend de ce travail. Grâce à cet accompagnement,
et à la possibilité de rester fidèle à sa
nature, l’enfant ne développe pas de comportements négatifs
ou destructeurs. Il devient un adulte plein de ressources positives à
mettre au service du monde qui l’entoure.
• La société actuelle
En conséquence à des comportements humains liés à
des conflits non-résolus, notre société actuelle
est basée sur des valeurs d’ « avoir » et de
« faire » plutôt que sur des valeurs d’ «
être ». Nous pouvons observer que malgré des acquis
très performants en termes de développement social, technologique
et économique, notre société est génératrice
de mal-être et de destruction. De plus, le système qui est
le nôtre fonctionne sur un modèle en sursis car trop consommateur
des ressources planétaires.
Nous pensons que l’« avoir » et le « faire »
doivent se développer au service de l’« être
» et non le contraire. Ainsi, nos actions seront guidées
par une conscience de nos véritables besoins dans le respect des
autres et de la nature.
Les solutions pratiques permettant de développer une société
basée sur des valeurs d’être existent. Le système
éducatif doit dès aujourd’hui transmettre ces savoirs
et savoir-faire et générer une autre forme d’organisation
de la société.
Un ouvrage est à paraître sur ce thème prochainement.
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